À chaque page qu’il traduit, tout traducteur doit se poser des questions et prendre les décisions conséquentes concernant la nature, l’enjeu, l’identité et le public de la langue dans laquelle il écrit.
Personnellement, lorsque j’écris en anglais par exemple, inconsciemment ou pas, le résultat est teinté de traces de mes origines britanniques, de ma formation française et de mon éducation biculturelle etc. En effet, lorsque je parle anglais, on me demande souvent cette charmante question : « mais d’où viens-tu ? » ou pire : « Are you Australian? » Non pas que j’ai quoi que ce soit contre les Australiens, bien au contraire ! Simplement, mon accent anglais (probablement du RP – Received Pronunciation, considéré comme l’accent standard) n’évoque pas instantanément une région géographique précise.
Mais là n’est pas l’intérêt de ce billet.
La question du jour concerne la traduction d’accents particuliers ou de références culturelles précises dans un texte. Par exemple, lorsqu’un personnage dans un texte a un fort accent marseillais, comment doit-on le rendre en anglais ? Ou inversement quand un protagoniste s’exprime avec un accent typique mancunien, comment le transcrire en français ? Rares sont les traducteurs aujourd’hui qui traduisent de tels accents, on trouve cela inutile et risible, exagéré ou pas nécessaire. En effet, un fort accent marseillais ne correspond ni à un accent du sud de l’Angleterre, ni à aucun autre accent d’ailleurs. Simplement, c’est l’accent marseillais. Tout comme un dialecte régional est un dialecte régional. Point final. En général, on trouve cela inutile d’attribuer un accent chti au paysan irlandais pour montrer qu’il ne vient pas du même milieu que le riche citadin à côté de lui dans le train. Ces différences géographiques et linguistiques sont un point de traduction extrêmement épineux. En général, elles sont tout bonnement éradiquées en traduction, ou au mieux, on les mentionne en bas de page (les fameuses N.d.T.( 1) où l’on explique éventuellement que le personnage a un accent prononcé dans le texte original. Peut-être que le lecteur averti aura saisi ce fait au travers d’une autre description ailleurs dans le texte. Du moins, nous l’espérons ! Sinon, une grande part de sous-texte sera perdue. Aussi, la plupart des traducteurs répugnent à utiliser les formes grossières d’une langue dans le texte cible. Et ce pour une raison évidente : la crainte que ces erreurs de grammaire ou d’orthographe ou ces formes non standardisées du langage soient prises pour les leurs ! Le traducteur préfèrerait mourir que d’être perçu comme un mauvais athlète de l’art orthographique ou grammatical. Les mots sont son business après tout. Donc, l’inévitable résultat de cette tendance est une aseptisation ou neutralisation du langage dans un texte, souvent sous forme d’un registre ou niveau de prose légèrement plus élevé.


Notes:
(1) N.d.T.: Note du Traducteur. (retour au texte1)